Mise à jour du 16 juillet 2026 : les bilans définitifs de la saison sont tombés. 32 morts par avalanche en France (ANENA), 146 en Europe. L'article ci-dessous intègre ces chiffres de fin de saison.
146 morts en Europe, 32 en France. Le compteur a pulvérisé la moyenne : environ 40 % au-dessus de la moyenne européenne sur 20 ans. Cette année, le manteau neigeux n'a pas pardonné.
J'avais publié un premier état des lieux en février, quand les chiffres s'emballaient. Avec le recul de fin de saison, on peut poser les choses plus clairement : qu'est-ce qui s'est passé, et qu'est-ce qu'on en fait.
Ce que dit le compteur
En France : 32 décès selon l'ANENA, soit 11 de plus que l'hiver précédent (21) et près du triple de la saison 2023-2024. La moyenne récente tourne autour de 21,7 morts par saison. Il faut remonter à 2020-2021 (40 morts) pour trouver une saison aussi lourde. 21 des accidents mortels se sont produits en Isère, Savoie et Haute-Savoie, et la grande majorité en hors-piste. Le dernier décès de la saison date du 4 avril, dans le Val de Sos, côté Pyrénées.
En Europe : 146 décès, environ le double de la saison précédente. Ce n'est pas le record absolu (194 morts en 2009-2010), mais février a été le pire mois avec 52 victimes à lui seul.
La semaine du 6 au 13 février avait concentré 13 morts en sept jours, un record pour le secours alpin italien, en pleine ouverture des JO de Milano-Cortina. Le 20 février a été la journée la plus meurtrière de la saison.
Une couche faible qui a miné tout l'hiver
Pour comprendre cette saison, il faut remonter à décembre 2025. Un épisode prolongé de froid sec, sans chute de neige significative, a transformé les premiers centimètres du manteau en cristaux anguleux : des grains sans cohésion, comme du sucre en poudre. C'est ce qu'on appelle une couche faible persistante.
Ce type de couche, une fois enterré, peut rester instable pendant des semaines, voire des mois. C'est un piège classique en nivologie, mais cette saison, le scénario a été particulièrement violent.
En janvier et février, les perturbations se sont enchaînées. Jusqu'à 2,5 mètres de neige fraîche se sont accumulés par-dessus cette couche fragile. Le manteau avait l'air solide en surface, mais il reposait sur une fondation qui pouvait lâcher à tout moment. Les plaques se sont déclenchées en masse, parfois très loin du skieur ou du splitboardeur qui les a provoquées.
Si tu veux mieux comprendre comment fonctionne le risque et comment lire le BERA avant une sortie, on a un guide dédié.
La moitié des victimes sans DVA
Le chiffre est brutal : environ 50 % des victimes cette saison ne portaient pas de DVA. Pas de détecteur, pas de recherche organisée possible dans les premières minutes, celles qui comptent le plus.
On ne va pas faire la morale. Mais il faut poser le constat : sans DVA, tes chances de survie en cas d'ensevelissement chutent drastiquement. Et porter un DVA ne suffit pas. Un appareil au fond du sac, éteint ou jamais testé en situation réelle, ça ne sert à rien.
Ce qui fait la différence, c'est l'entraînement. Savoir chercher, localiser, pelleter efficacement. Le pratiquer au moins une fois par saison, idéalement plus. Si tu hésites encore sur le matériel, on a un comparatif DVA à jour, et un guide complet sur la sécurité avalanche en splitboard.
Et maintenant ?
La saison est finie, les chiffres sont posés. Ce qui reste, c'est ce qu'on en fait d'ici les premières neiges :
- Profite de l'intersaison pour te former. Un stage neige et avalanche (l'ANENA en propose dès l'automne), ça se réserve maintenant, pas en décembre.
- Fais le bilan de ta propre saison. Les sorties où tu as hésité, celles où tu as renoncé, celles où tu es passé un peu juste : c'est la meilleure matière première pour progresser.
- Vérifie ton matos avant l'hiver. Piles du DVA, état de la pelle et de la sonde, mise à jour firmware si ton modèle le permet.
- Révise ta méthode de recherche DVA. Un exercice chronométré en début de saison prochaine, c'est le minimum.
Cette saison a rappelé quelque chose qu'on sait mais qu'on oublie : le manteau neigeux ne prévient pas. La préparation et le matériel, c'est ce qui reste quand tout le reste a lâché.
