119 morts. Fin mars 2026, la saison n'est pas encore terminée et le compteur a déjà pulvérisé la moyenne historique européenne. Cette année, le manteau neigeux n'a pas pardonné.
J'avais publié un premier état des lieux en février, quand les chiffres s'emballaient. Avec le recul de fin de saison, on peut poser les choses plus clairement : qu'est-ce qui s'est passé, et qu'est-ce qu'on en fait.
Ce que dit le compteur
La moyenne historique en Europe tourne autour de 100 morts par saison complète. Cette année, ce seuil a été franchi avant fin février.
Les chiffres par pays, à fin mars :
- France : 30 victimes
- Italie : 30 victimes
- Autriche : 24 à 26 victimes
- Suisse : 15 victimes
La semaine du 6 au 13 février a concentré 13 morts en sept jours, un record pour le secours alpin italien, en pleine ouverture des JO de Milano-Cortina. Le 20 février a été la journée la plus meurtrière de la saison.
Une couche faible qui a miné tout l'hiver
Pour comprendre cette saison, il faut remonter à décembre 2025. Un épisode prolongé de froid sec, sans chute de neige significative, a transformé les premiers centimètres du manteau en cristaux anguleux : des grains sans cohésion, comme du sucre en poudre. C'est ce qu'on appelle une couche faible persistante.
Ce type de couche, une fois enterré, peut rester instable pendant des semaines, voire des mois. C'est un piège classique en nivologie, mais cette saison, le scénario a été particulièrement violent.
En janvier et février, les perturbations se sont enchaînées. Jusqu'à 2,5 mètres de neige fraîche se sont accumulés par-dessus cette couche fragile. Le manteau avait l'air solide en surface, mais il reposait sur une fondation qui pouvait lâcher à tout moment. Les plaques se sont déclenchées en masse, parfois très loin du skieur ou du splitboardeur qui les a provoquées.
Si tu veux mieux comprendre comment fonctionne le risque et comment lire le BERA avant une sortie, on a un guide dédié.
La moitié des victimes sans DVA
Le chiffre est brutal : environ 50 % des victimes cette saison ne portaient pas de DVA. Pas de détecteur, pas de recherche organisée possible dans les premières minutes, celles qui comptent le plus.
On ne va pas faire la morale. Mais il faut poser le constat : sans DVA, tes chances de survie en cas d'ensevelissement chutent drastiquement. Et porter un DVA ne suffit pas. Un appareil au fond du sac, éteint ou jamais testé en situation réelle, ça ne sert à rien.
Ce qui fait la différence, c'est l'entraînement. Savoir chercher, localiser, pelleter efficacement. Le pratiquer au moins une fois par saison, idéalement plus. Si tu hésites encore sur le matériel, on a un comparatif DVA à jour, et un guide complet sur la sécurité avalanche en splitboard.
Et maintenant ?
Depuis fin février, les conditions printanières se sont installées dans beaucoup de massifs. Regel nocturne, humidification en journée, risque qui évolue heure par heure. Mais printemps ne veut pas dire sécurité.
Le 26 mars 2026, un épisode de plaques à vent a ramené un risque marqué (niveau 4) en Haute Tarentaise, Maurienne et Vanoise. En plein mois de mars, alors que beaucoup pensaient la saison des grosses plaques derrière eux.
Pour finir la saison proprement :
- Consulte le BERA chaque matin, même quand le ciel est bleu et la neige semble stable.
- Vérifie ton DVA, ta pelle, ta sonde avant chaque sortie. Pas une fois par saison : chaque sortie.
- Pars tôt, rentre tôt. En conditions printanières, le créneau sûr se ferme vite avec le réchauffement.
- Révise ta méthode de recherche DVA. Si tu ne l'as pas fait cet hiver, c'est le moment.
Cette saison a rappelé quelque chose qu'on sait mais qu'on oublie : le manteau neigeux ne prévient pas. La préparation et le matériel, c'est ce qui reste quand tout le reste a lâché.
