
Ça fait une trentaine d'années que je fais du snowboard. Quand j'ai voulu sortir des stations pour aller en montagne, le splitboard n'existait pas encore, ou en tout cas pas de manière accessible. J'ai donc commencé en raquettes à neige, et j'ai fait des dizaines de sorties comme ça avant de passer au split.
Les deux fonctionnent. Les deux permettent d'accéder à la montagne en snowboard. Mais elles n'ont pas du tout les mêmes forces. Voici ma comparaison après avoir pratiqué les deux pendant des années.
🥾 La montée
Effort et glisse
La grosse différence, c'est la technique de progression. En raquettes, on marche : chaque pas doit être soulevé et reposé, sans aucun effet de glisse. En neige profonde, les pas deviennent hauts et l'effort augmente vite. En splitboard, les demi-planches glissent sur la neige comme des skis de rando. On pousse du bout des pieds au lieu de décoller du talon, ce qui est nettement moins énergivore sur les longues distances.
L'autre différence, c'est le portage. En raquettes, le snowboard est sur le dos (5-6 kg avec les fixations), ce qui fatigue les épaules et déséquilibre. En splitboard, tout est aux pieds (6-8 kg board + fixations + peaux), mais compensé par la glisse. Rien dans le dos.
Sur les sorties courtes, la différence est gérable. Sur les grosses courses (1 000 m+ de D+), elle devient très significative.
Accroche en terrain raide
C'est le point fort des raquettes. J'utilisais des MSR, des raquettes techniques avec des crampons agressifs : l'accroche en dévers était remarquable. On pouvait monter droit dans la pente, traverser des sections raides sans se poser de question.
En splitboard, les couteaux aident, mais ça n'atteint pas le même niveau de grip. Au-delà de 30°, il faut faire des conversions qui demandent de la technique et du temps. Certains passages qui étaient naturels en raquettes deviennent des exercices de style en split.
La cohabitation sur les traces
Un sujet qui revient souvent en montagne. Les skieurs de randonnée tracent des « skin tracks » optimisées pour les peaux de phoque. En raquettes, les crampons marquent la neige différemment et peuvent abîmer ces traces selon les conditions. On essayait de marcher à côté quand c'était possible, mais en dévers ou dans des passages étroits, pas le choix. Et les remarques des skieurs de rando arrivaient régulièrement.
En splitboard, les demi-planches suivent la trace comme des skis de rando, donc ce problème ne se pose plus. C'est un vrai confort au quotidien.
🏂 La descente
En splitboard, une fois rassemblé, c'est un snowboard. La descente est fluide, avec du pop et du contrôle. En raquettes, il faut les accrocher au sac puis chausser son snowboard, ce qui ajoute du volume et du poids dans le dos pendant la descente.
Par contre, avec les raquettes tu es libre d'utiliser n'importe quel snowboard pour la descente. C'est un avantage si tu as déjà une planche que tu adores. Le splitboard est un compromis entre montée et descente, même si les boards récentes offrent un ride très proche d'un snowboard classique.
💰 Le budget
C'est là que les raquettes ont un argument massif.
| Équipement | Raquettes + snowboard | Splitboard |
|---|---|---|
| Raquettes / Board | 140 - 220 € | 500 - 900 € |
| Fixations | incluses | 350 - 460 € |
| Peaux de phoque | - | 150 - 200 € |
| Bâtons | ~200 € | ~200 € |
| Boots | boots snow classiques | boots split (parfois spécifiques) |
| Total approx. | ~350 - 420 € | ~1 200 - 2 200 € |
À ça s'ajoute dans les deux cas le matériel de sécurité avalanche (DVA, pelle, sonde) : comptez 300 à 500 €.
Le splitboard représente un investissement 3 à 5 fois supérieur. C'est un frein réel pour débuter (on détaille tout dans notre guide budget splitboard). Les raquettes permettent de tester le backcountry sans se ruiner, et c'est exactement comme ça que j'ai commencé.
Bon à savoir
En occasion, un setup splitboard complet peut se trouver à partir de 700-1 000 €. Certaines marques proposent aussi des packs débutant à partir de ~730 €. Et beaucoup de magasins proposent désormais la location de splitboard pour tester avant d'investir.
📚 La courbe d'apprentissage
Les raquettes, c'est simple : tu les enfiles, tu serres les sangles, tu marches. Zéro courbe d'apprentissage. Accessible dès la première sortie.
Le splitboard, c'est une autre histoire. Il faut apprendre :
- La technique de montée en peaux (gestion du poids, du pas, du rythme)
- Les conversions montée/descente (les fameuses « transitions » qui prennent facilement 10 minutes au début)
- L'utilisation des couteaux dans les traversées raides
- La gestion du matériel (peaux qui décollent, neige qui colle, fixations qui coincent par grand froid)
Quelques sorties suffisent pour être autonome, mais les premières fois peuvent être frustrantes. Un cours d'initiation (150-300 €) est un bon investissement pour éviter de prendre de mauvaises habitudes.
🔧 Fiabilité
Sur le papier, les raquettes ont l'avantage : moins de pièces mécaniques, moins de choses qui peuvent casser. Mais en pratique, les problèmes arrivent quand même. Une sangle qui lâche, les TSL qui perdaient leurs pointes, une fixation de raquette qui cède au mauvais moment. Et là, on est souvent pris au dépourvu parce qu'on n'y avait pas pensé.
En splitboard, le setup est plus complexe (interfaces, fixations, peaux, couteaux), et on le sait. Du coup, on s'y prépare. Tout splitboardeur qui a un peu d'expérience part avec des vis de rechange, un tournevis, du fil de fer, parfois une pièce d'interface en spare. C'est intégré dans la routine. Quand un pépin arrive, on a de quoi bricoler.
Au final, j'ai sans doute eu autant de galères avec les raquettes qu'avec le split. Difficile de départager. La vraie différence, c'est qu'en splitboard on part préparé, alors qu'en raquettes on se fait surprendre.
🗺️ Quel terrain pour quelle approche ?
| Terrain | Raquettes | Splitboard |
|---|---|---|
| Pentes raides (>30°) | Excellent (crampons) | Couteaux nécessaires |
| Longues distances | Fatigant | Efficace (glisse) |
| Neige profonde | Difficile | Idéal (portance) |
| Forêt dense | Facile | Conversions délicates |
| Terrain vallonné (montée/descente) | Pratique | Conversions pénalisantes |
| Grandes courses alpines (1 000 m+ D+) | Très éprouvant | Adapté |
Les raquettes gardent un avantage sur les terrains courts et raides, en forêt, ou quand l'itinéraire alterne fréquemment montée et descente. Le splitboard domine sur les longues courses et en neige profonde.
⚠️ Sécurité
Les deux approches exposent aux mêmes risques en montagne : avalanches, chutes, égarement, météo. Le matériel de sécurité avalanche (DVA, pelle, sonde) et la formation sont indispensables dans les deux cas.
Un point contre-intuitif : les raquettes permettent de monter des pentes très raides facilement, ce qui peut pousser à s'engager dans du terrain avalancheux sans s'en rendre compte. Le splitboard, avec ses limitations en pente raide, impose naturellement plus de prudence.
Rappel sécurité
Quelle que soit la méthode choisie, ne sortez jamais en backcountry sans DVA, pelle, sonde, et une formation aux risques d'avalanche (stage ANENA, formation FFCAM ou équivalent). La montagne ne pardonne pas l'improvisation.
🤔 Alors, splitboard ou raquettes ?
Découvrir le backcountry sans se ruiner
Raquettes
Budget minimal, zéro courbe d'apprentissage. Idéal pour tester si le backcountry vous plaît avant d'investir.
Sorties courtes en forêt (moins de 500 m D+)
Raquettes ou splitboard
Les raquettes suffisent largement. Le splitboard est un plus mais pas indispensable.
Grandes courses en montagne (plus de 800 m D+)
Splitboard
L'économie d'énergie est trop importante pour s'en passer. Les raquettes deviennent un calvaire au-delà d'un certain dénivelé.
Sorties régulières toute la saison
Splitboard
L'investissement se rentabilise vite en confort et en plaisir. Et vous ne détruisez plus les traces des skieurs.
Terrain technique et raide
Ça dépend
Les raquettes accrochent mieux en dévers. Le splitboard est plus efficace pour y arriver. Certains pratiquants combinent les deux.
💬 Mon expérience
Aujourd'hui je fais tout en splitboard, mais je garde un bon souvenir de mes années en raquettes. C'est grâce à elles que j'ai découvert la montagne en hiver, que j'ai appris à lire le terrain et à développer mon autonomie. Et elles m'ont coûté une fraction du prix d'un splitboard. Elles ont d'ailleurs rendu l'âme cet hiver après toutes ces années de bons et loyaux services, et je m'en suis séparé avec un pincement au cœur 🫡
Le splitboard m'a apporté plus de confort en montée et la possibilité d'aller plus loin. Mais les raquettes restent une solution qui fonctionne, surtout pour des sorties courtes ou pour quelqu'un qui veut tester le backcountry sans investir lourd.
Si vous hésitez : les raquettes sont un excellent moyen de découvrir si la randonnée en snowboard vous plaît. Et si ça devient une passion, le splitboard sera un vrai plus.



